Temps de jeu effectif 2011 : +12% pour l’hémisphère Sud
Posté le 08.09.2011 dans Analyses, Prépa Physique & Santé par Fred Claro / Lu 1 731 foisNotre étude (partielle*) comparant des matches des Six Nations et des Tri-Nations 2011 montre sans surprise, à l’orée du Mondial, un net avantage pour les trois nations majeures de l’hémisphère Sud dans leur capacité à tenir plus longuement le ballon en jeu (+4 minutes par rencontre en moyenne). Largement en tête, la Nouvelle-Zélande et l’Australie. Si le gain de la Coupe du monde ne se jouera pas nécessairement sur un jeu débridé à haut volume et haute intensité, la faculté des équipes nordistes à soutenir, voire enrayer le rythme de leurs adversaires lors de la phase finale sera certainement la clé.
Six Nations : quatre matches du XV de France
| Angleterre-France | France-Galles | Irlande-France | Italie-France | |
| Temps Jeu Réel | 42% | 47% | 40% | 42% |
Moyenne de TJR : 42,75% – Données Claro 2011
Tri-Nations 2011 : cinq matches (moins une rencontre dont on peut estimer, au vu de l’historique des deux équipes, qu’elle a dû se jouer dans la zone de 49 à 50% de temps de jeu réel, ce qui augmenterait la moyenne qui figure ci-dessous…)
| Australie-Af’Sud | NZ-Af’Sud | Af’Sud-Australie | Af’sud-NZ | Australie-NZ | |
| Temps Jeu Réel | 46% | 45% | 44% | 50% | 53% |
Moyenne de TJR : 47,6% – Données Claro 2011
Ces données brutes nous apprennent que le ballon est resté en jeu environ 12% de temps en plus – soit 4 minutes de jeu supplémentaires ! – dans les matches de l’hémisphère Sud par rapport à ceux de l’hémisphère Nord. Le jeu au pied a été considérablement réduit dans les deux premiers matches du Tri-Nations, il fut ensuite plus utilisé dans les dernier matches, sauf le tout dernier dans lequel le ballon fut rendu au pied à l’adversaire toutes les 68 secondes seulement de temps de jeu effectif (voir article sur ce match).
D’après les analyses des années précédentes, le Six Nations 2011 français s’est joué dans la zone normale de confort habituel du volume de jeu européen se situant à 42-43% de temps de jeu réel. Avec le changement de règles (intervenu à l’été 2010), les équipes du Tri-Nations ont su encore élever le volume et l’intensité de leur jeu, même par rapport à l’an dernier, avec une moyenne correspondant à leur zone de confort se situant, elle, à 47-48% à haut volume et haute intensité.
Cette dernière constatation concerne essentiellement la Nouvelle-Zélande et l’Australie, l’Afrique du Sud étant la plus « européenne » de ces trois équipes (avec un jeu basé majoritairement sur le gain de terrain au pied et les lancements sur phase statique) mais il faut tout de même noter que la victoire des Sud-Africains sur les All Blacks à Port-Elizabeth a été réalisée à la très bonne moyenne de 50% de temps de jeu effectif. Cela indique clairement la capacité des Springboks à endurer un jeu à plus haut volume et plus haute intensité et leur capacité à y répondre dans leur style caractéristique (plus direct mais très dynamique), même si leur zone de confort reste plus proche des 40-42%.
Le cours de la Coupe du monde risque donc bien de se jouer sur la capacité des équipes nordistes et de l’Afrique du Sud à endurer et endiguer le jeu de mouvement que tenteront de déployer Néo-Zélandais et Australiens. Soit, donc, sur la capacité de ces nations à ralentir LÉGALEMENT les recyclages de ballon dynamiques au-delà de la ligne d’avantage (l’arbitrage aura une importance capitale). Dans cette optique, leur condition physique (sur un match, puis sur plusieurs pour accéder à la finale, voire au titre) sera déterminante afin de conserver la lucidité nécessaire aux replacements défensifs permanents et éviter les fautes (et contre-attaquer ?). Jouer à reculons n’est pas simple. La bataille sur la zone de plaquage sera ainsi prépondérante.
Il est donc fort probable que nous assistions à une opposition de style à chacune des confrontations Nord-Sud mais l’issue des quarts de finale et plus vraisemblablement encore des demies résidera aussi dans la capacité des Australiens et des Néo-Zélandais à asseoir leur rugby offensif sur des fondamentaux solides. Pour les « joueurs » d’un côté comme pour les « pragmatiques » de l’autre, l’unidimensionnalité dans un style de jeu sera fatale. Une Coupe du monde se gagne avec une défense, un bon buteur et beaucoup de pragmatisme tactique. Au Nord comme au Sud, beaucoup d’équipes possèdent les deux premières qualités. En revanche, la troisième… Espérons simplement que ce Mondial soit celui du jeu.
*Cette étude est partielle car tous les matches des deux compétitions n’ont pas été analysés. Pour le Tri-Nations, il manque l’analyse du match Nouvelle-Zélande – Australie, qui n’a pas pu être visionné à cause d’intempéries locales empêchant la réception satellitaire. Quant aux matches des Six Nations, je n’ai pu voir que quatre matches de l’équipe de France. Les données recueillies offrent néanmoins une approche intéressante de la situation.
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Commentaires ( 1 Comment )
takapuna a laissé un commentaire le 08 sept 2011 à 14:43 - -Salut Fred,
D’accord avec toi sur le fond. Néanmoins, les analyses statistiques, que ce soit le temps de jeu ou d’autres indicateurs ne sont que cela, des indicateurs … A utiliser avec précaution et en complément d’une analyse qualitative. Car c’est bien connu, au-delà d’un certain niveau d’abstraction, on peut faire dire tout et n’importe quoi à des stats.
A ce titre, il serait peut-être bon de préciser (pour les lecteurs) ce que recouvre le TJR, à savoir le temps durant lequel le ballon est effectivement en jeu, c’est-à-dire que chaque arrêt de jeu est décompté. Donc plus il y a d’accidents de jeu (en avant de passe, ballons tombés, etc.), moins il y a de TJR. Or, le tournoi des 6N se joue à une période propice aux fautes de mains notamment, du fait de la météo et des conditions climatiques. Donc, au départ déjà il y a un biais dans l’analyse comparée des données. Il faut en tenir compte un minimum quand on analyse des TJR. Alors c’est vrai que le tri-nations ne se joue pas non plus à la belle saison, mais les conditions en AfS et en Australie notamment n’ont rien à voir avec celles de l’HN. En NZL, c’est vrai qu’on s’en rapproche en revanche …
D’autre part, si on prend les dernières phases finales de CDM (1/4, 1/2, et finale) on se rend compte que le TJR se situe à un niveau intermédiaire entre 6N et 3N, et non au niveau des 3N. En d’autres termes, mais ça tout le monde le dit, le jeu pratiqué en CDM est certes différent des 6N, mais aussi des 3N. Il en sera de nouveau ainsi en 2011, malgré l’évolution de la règle plaqueur-plaqué.
Là où je te rejoins totalement, c’est sur l’importance qu’aura cette fois la phase de ruck. Au-delà des ingrédients incontournables (jeu au pied, défense, organisation collective, tactique, etc), il me paraît probable que cette CDM-ci se jouera notamment sur les qualités déployées par les équipes lors de cette phase de combat, que ce soit pour assurer la conservation et la libération rapide du ballon ou pour forcer des turnovers. Et dans ce domaine-là, les équipes européennes auront peut-être de meilleurs arguments qu’on ne le croit.










