Morgan Parra, le « merdeux » au milieu des gros II
Posté le 25.11.2010 dans Portraits par Luc Folliet / Lu 6 830 foisMorgan Parra n’a que 22 ans et jouera samedi contre l’Australie son vingt-deuxième match avec le XV de France, sa neuvième titularisation en Bleu de l’année 2010. Suite du portrait que nous avons entamé la semaine dernière. Aujourd’hui, l’éclosion à Bourgoin puis le transfert à Clermont, le Grand Chelem et l’explosion.
C’est une zone industrielle comme il s’en étale à toutes les sorties des villes françaises désormais. Son enfilade de magasins aux enseignes reconnaissables de loin. Son supermarché, ses magasins de bricolage ou de jouets… En stage d’avant saison le CSBJ a pris ses quartiers entre autoroute et McDonald’s. Une semaine à Issoire dans la banlieue de Clermont. C’est le temps de la bande à Bonnaire : Julien Pierre, Olivier Milloud, Benjamin Boyet, comme chefs de parti. Pierre Martinet au chéquier et quelques gamins – Bogdan Léonte, Albin Louchard, Morgan Parra – qui commencent d’abord par porter les sacs à ballons avant de s’entraîner avec les « vieux ». En cet été 2007, ce CSBJ-là fait encore peur.
Bourgoin achève cette semaine par un raout musclé face aux « monstroplantes » des Harlequins taillés dans le quintal. Sébastien Laloo est sur le flanc, Benjamin Boyet encore convalescent. « Tu commences », dit l’entraîneur Christophe Urios à Morgan Parra. A 17 ans et quelques mois*. Son vis-à-vis n’est autre qu’Andrew Merhtens, une sommité du rugby international. Le double de l’âge de Morgan, le All Black a roulé sa bosse sur tous les terrains du monde et fait rêver des milliers de gamins en short dans les Public Schools néo-zélandaises. En 10, son poste originel, Parra réussit un premier match solide. A la fin de cette rencontre champêtre, les gamins, aimantés, se ruent immédiatement vers Parra, comme s’ils se reconnaissaient en lui. Certains l’appellent déjà par son prénom. Premiers paraphes, premières photos. A côté de lui, Andrew Mehrtens traverse le pré dans une relative indifférence. Fichu gouffre générationnel. « Alors pas trop désarmant de jouer contre Mehrtens ? » Comme gêné, il se gratte la tête. « Ouais. Sans plus… »
Rien ne change finalement. A Bourgoin comme à Metz, Morgan est l’enfant roi. Il n’a pas le plus gros physique, il n’a pas la passe la plus tendue, il n’a pas le jeu au pied le plus long, pourtant il fait déjà partie des meilleurs. « Il faisait preuve d’une maturité déroutante », confia un jour Pierre Raschi qui lui fit signer son premier contrat pro après seulement quelques matches en Top 14. « A 18 ans, on avait l’impression qu’il avait déjà 3 ou 4 années d’expérience du haut niveau derrière lui. » Voilà le don de Parra, une autorité naturelle qui dépasse les seules poutres du pack et se diffuse à l’ensemble d’un collectif. Dans une équipe, il faut toujours un caporal. Morgan aime les galons. « Il a toujours eu cette qualité. Quand je l’entraînais, c’est lui qui menait l’échauffement, il était aussi le capitaine, explique Tonio Parra, son père. Mais je crois qu’une chose a joué dans le développement de son caractère : Morgan a toujours été entouré de gens plus âgés que lui. Il a commencé le rugby, il avait quatre ans et demi. Il était trop petit pour avoir une licence. Il est ensuite rentré au pôle espoirs de Dijon surclassé. Mais il n’a pas oublié qu’il fallait bosser pour réussir. »
Le nouveau sélectionneur français Marc Lièvremont met lui aussi la carrière de Morgan Parra en avance rapide. Le Berjallien a 19 ans et tout au plus vingt matches professionnels dans les pattes quand il est appelé en équipe de France. Lors du Tournoi des Six Nations 2008, il est titulaire contre l’Angleterre. Malgré la défaite 24-13, Morgan surprend son monde en empoignant le pack, ne le lâchant jamais. Les statures des Nallet, Chabal, Thion ont des bornes au compteur mais sont aux ordres d’un Parra qui sait que la parole d’un 9 est aussi essentielle que sa passe vissée.
Embourbé dans le bas du Top 14, Bourgoin devient alors trop exigu pour Parra. A l’été 2009, il s’en va à regrets. Pas trop loin, à Clermont, où l’attendent quelques anciens de la « Berjallie », Julien Bonnaire, Julien Pierre et Benoît Cabello, qui lui ont débroussaillé le pré. Mais pour la première fois, Parra a du retard. Car Clermont se mérite : « Tout joueur dans un nouveau club a un temps d’adaptation, explique le talonneur Benoît Cabello prêté cette année à Brive par Clermont. La différence avec Bourgoin, c’est qu’à Clermont en début de saison tu as une très grosse partie physique. En plus Morgan en 9 devait assimiler le nouveau système de jeu et toutes les combinaisons qui vont avec. Et puis il passait d’un petit club familial à un autre qui avait d’énormes ambitions. Il y avait plus d’attente. »
Morgan Parra touche là l’exigence du très haut niveau. Comme tout athlète, il doit passer par une phase de stagnation pour progresser à nouveau. Mais dans un Top 14 chamboulé tous les week-ends et qui n’accepte aucun retard, le temps est un luxe. Marcel-Michelin grogne à la suite de ses premières prestations timides. « Les joueurs et l’encadrement lui disaient de patienter, que ça allait se mettre en place. Tout le monde avait un peu tendance à oublier qu’il n’avait que 20 piges », poursuit Benoît Cabello. Parra accepte un temps de subir mais reste sûr de sa force. Il trouvera son salut à la faveur d’un tournoi des Six Nations qui se tranforme en Grand Chelem. Ces premiers mois de 2010, il marche sur l’eau, conduit à la perfection le jeu français, sanctionne de son pied les moindres erreurs adverses. La confiance en besace, il revient à Clermont avec la poigne du vainqueur et s’attelle aux dernières joutes de la saison.
En bleu ou en « jaunard », Parra ne dépareille plus et sait aussi bien faire jouer les autres. Son pendant de charnière à Clermont Brock James traverse le printemps, le visage blême. Tout est reproché à l’Australien : la défaite au Leinster en quart de finale de Coupe d’Europe au terme d’un match dantesque en intensité, son jeu au pied, sa défense « moltonnelle ». « S’il y eu un déclic, c’est en barrages contre le Racing**. Morgan a soulagé au pied Brock qui du coup s’est senti libéré », confie Benoît Cabello. En prenant les buts à son compte, Parra ne désavoue pas son 10. L’Australien saisit qu’il n’est plus l’homme sur qui tout repose en pays d’Auvergne.
Fin mai, en finale du Top 14, Clermont mène au score contre Perpignan et, pour sa quatrième finale consécutive, n’a soudainement plus la trouille de tout perdre. Morgan est le commandeur d’une ASM qui ne veut plus douter. Les regards sont hauts, les invectives plus appuyées que d’habitude. Parra n’a pas tout changé à lui tout seul bien entendu mais le club auvergnat en le recrutant n’avait sans doute pas pleinement compris qu’il mettait aussi la main sur ce petit plus qui lui manquait : croire en ses propres possibilités. Cette force qui vous transforme les plus durs revers en succès les plus beaux. La malédiction jaune et bleu est vaincue. Le lendemain, le bouclier de Brennus est Place de Jaude. Clermont est en pleurs et sèche d’un revers de main un siècle d’attente. Morgan n’oublie pas qu’il est encore un « merdeux ». Il fait le con. Taquin et hilare, il s’en prend aux plus grands. En retour, les gros, Vermeulen, Privat en tête, lui mettent de petites claques derrière la tête. Les plus grosses gifles ont été pour l’adversaire, les plus légères sont toujours pour ceux qu’on suit les yeux fermés.
*Pour jouer en Top 14 ou Pro D2, les joueurs doivent être majeurs.
**Victoire 21-17 de Clermont
Pour relire la première partie, cliquez ici.
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Commentaires ( 4 )
Blur a laissé un commentaire le 26 nov 2010 à 20:05 - -Merci pour les billets ! Une remarque : pourriez-vous changer la police d’écriture ? Elle est très petite, et le moindre problème de vue rend la lecture laborieuse, voire difficile. Merci de penser aux lecteurs qui peuvent avoir une petite déficience !
fdb a laissé un commentaire le 27 nov 2010 à 23:42 - -@ Blur :
En appuyant sur la touche “control” et le signe “+” vous augmenterez la taille des caractères de la page web.Très bon article, merci beaucoup.
François Fln a laissé un commentaire le 28 nov 2010 à 11:45 - -Bel article
Merci












