McCaw, l’heure de l’évidence – épisode I
Posté le 14.09.2010 dans Portraits par Ludovic Ninet / Lu 4 706 foisDepuis samedi dernier et la victoire des All Blacks en Australie (23-22), voilà Richie McCaw capitaine le plus capé du rugby néo-zélandais (52 fois). A-t-on jamais senti cet extraordinaire flanker aussi sûr de son jeu et de son leadership ? Celui qu’il détrône, l’immense Sean Fitzpatrick, lui rend un hommage appuyé. Retour – en deux épisodes, le deuxième la semaine prochaine – sur les racines de ce joueur emblématique qui rêve de remporter la Coupe du monde l’an prochain sur ses terres.
Richard Hugh McCaw est fils de fermiers, originaire d’une petite vallée de l’Ile du Sud entre Christchurch et Dunedin. Quitterait-t-il son pays qui l’a fait roi, à l’issue de la Coupe du monde l’an prochain ? Les clubs européens en rêvent. « Richard est un vrai Kiwi, il aime trop le style de vie néo-zélandais », répondait sa sœur Jo, en 2007, quand la question se posait déjà. C’est bien parce qu’il est tant la Nouvelle-Zélande que son destin et celui des All Blacks se sont si bien mariés. « Il n’y a pas de meilleure personne pour être le capitaine des All Blacks, affirmait en août Sean Fitzpatrick, son prédécesseur qu’il égalait alors. Richie est respecté par l’ensemble de son équipe et par la Nouvelle-Zélande entière. » Il est le joueur ayant conquis le plus de victoires sous le maillot noir : 79 en 89 test-matches !
Il a pourtant vécu des défaites cauchemardesques. La demi-finale mondiale de 2003 contre l’Australie de Gregan, un autre grand capitaine (voir plus bas), et son fameux « four more years ». Le quart de finale mondial de 2007 à Cardiff contre les Bleus, il était capitaine. Mais il s’est toujours relevé. Comme lorsqu’il intégra le pensionnat d’un des deux grands collèges de Dunedin. De retour pour la première fois de la Otago Boys High School, Richie dit à ses parents le plus sérieusement du monde : « Je compte arrêter le rugby. » Il avait treize ans. « Les grands de l’équipe première lui avaient dit qu’il était trop petit, qu’il ne jouerait jamais avec eux », se souvient son père, amusé. « Il venait d’une petite école de notre vallée (Hakataramea Valley) où les élèves étaient mélangés malgré les âges, enchaîne sa mère, alors cela a été un choc de culture pour lui d’arriver dans ce grand établissement. Il a voulu être à la hauteur pour survivre. » La gamin a serré les dents, les paroles de ses parents en mémoire. « Ils m’ont toujours poussé à savoir saisir les occasions qui se présentent ou qu’on me donne, explique-t-il. Pour la Otago Boys High School, ils m’avaient dit : ‘‘ On te donne cette chance, ne la regrette pas.’’ »
Le « countryboy » peu expansif, qui, au retour de l’école, venait regarder son père travailler dans la ferme, conduisait un tracteur, tapait des chandelles seul dans le jardin ou courait après les moutons, s’est peu à peu affirmé, devenant délégué. Du pensionnat d’abord, puis de l’école toute entière. « Ça nous a surpris », reconnaît sa mère. Mais Brian Ashwin, qui fut son entraîneur à cette époque et l’un de ses professeurs aussi, le décrit comme un garçon « incroyablement déterminé, incroyablement en forme pour son âge, avec une sorte de plan d’accomplissement personnel ». Le soir, sur les hauteurs de Dunedin, lorsqu’il n’y a pas de séance de rugby, Richie s’entraîne seul sur le terrain entre les bâtiments de vieille pierre et la forêt. Le travail paye. En 1998, pour sa dernière année au collège, il est sportif de l’année et deuxième meilleur élève de l’école. Avec le « First XV », dont il est vice-capitaine, il atteint la finale du Championnat des collèges. Ashwin se souvient d’un garçon « qui saignait beaucoup et, par sa façon de jouer, se mettait toujours en première ligne ». Déjà généreux à outrance sur le terrain. Il a retenu les conseils de son oncle, John McLay, qui joua pour Mid-Canterbury contre les Lions Britanniques en 1983. « Il était numéro huit, raconte Richie, et m’avait expliqué que si je voulais toucher le ballon, je devais en être le plus prêt possible tout le temps. » Message bien reçu ! Certainement que Richard hérita aussi du côté tête brûlée de son grand-père paternel, Jim, pilote d’avion durant la Seconde Guerre mondiale, avec qui il partage la même date d’anniversaire et la même passion pour les airs, et dont John, l’oncle de Richard, dit : « Mon père avait pour habitude de passer en rase-mottes dans la vallée Je ne sais pas comment il ne s’est pas tué ! » Dans le jeu de rugby, Richie évolue, lui aussi, sur le fil. Il ne laisse pas indifférent. « On entendait des choses sur lui, confirme Robbie Deans, l’actuel sélectionneur des Wallabies qui, à cette époque, faisait déjà partie du staff des Crusaders. On savait qu’il était un vrai talent. On a donc été très content quand il a décidé d’étudier à Christchurch. »…
Fin du premier épisode. Pour lire le deuxième, cliquez ici.
Richie McCaw
Canterbury Crusaders
29 ans
1,87 m; 106 kg
89 sélections dont 52 comme capitaine
Les autres capitaines les plus capés de l’histoire
John Smit, 76 fois capitaine de l’Afrique du Sud (en 102 caps), série en cours
Brian O’Driscoll, 67 fois capitaine de l’Irlande (en 109* caps), série en cours
George Gregan (Australie, 139 caps) et Will Carling (Angleterre, 73* caps), 59 fois capitaine
John Eales, 55 fois capitaine de l’Australie (en 86 caps)
Sean Fitzpatrick, 51 fois capitaine de la Nouvelle-Zélande (en 92 caps)
Martin Johnson, 45 fois capitaine de l’Angleterre (en 92* caps)
Fabien Pelous (France, 118 caps) et Raphaël Ibanez (France, 98 caps), 41 fois capitaine
* les sélections (y compris les capitanats) comptabilisent les matches avec les Lions britanniques et irlandais
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Commentaires ( 5 )
flozad a laissé un commentaire le 14 sept 2010 à 14:02 - -Mc Caw ne partira en Europe que s’il gagne la Coupe du monde.
Rappelons que, après s’être fait saigner pendant la période post mondial 2007, la Fédé Kiwi a cette fois pensé à faire signer ses joueurs jusqu’en 2012. Mc Caw s’est donc engagé à jouer au Sud pour cette période.
Mais s’il gagne et qu’il a envie d’aller en Europe, on voit mal comment la Fédé pourrait lui refuser cette fleur.
charles a laissé un commentaire le 14 sept 2010 à 15:14 - -Ce mec est pour moi une légende. Si je souhaite une victoire française, mon coeur balance aussi pour cette superbe équipe, ambassadrice du Grand Jeu. Juste un retour normal qu’une Webb Ellis Cup pour ces mecs là. McCaw et Carter sont des légendes de ce jeu. Et ça me ferait mal au cul que dans 20 ans, leurs adversaires principaux (les anglais, les australiens, les sud-afs) puissent les railler comme les éternels loosers des grandes rencontres.
charles a laissé un commentaire le 14 sept 2010 à 15:15 - -Sinon, je pense que McCaw ne viendra pas en Europe. Il est trop viscéralement attaché à sa terre et n’a pas besoin de la reconnaissance européenne. Et il est bien plus riche que bcp de joueurs évoluant en Europe, sa fédé se saigne pour lui.
flozad a laissé un commentaire le 14 sept 2010 à 22:58 - -A mon avis, c’est en effet moins une question de pognon que d’attachement au pays ou de reconnaissance (ça, il l’a!). Mais cela n’empêche pas de tenter une expérience, même d’un an en Europe, il en avait exprimer l’envie il y a deux ans. Pourquoi pas l’an prochain quand il faudra aussi former les nouveaux Blacks avec un nouveau capitaine?
Vinosse a laissé un commentaire le 15 sept 2010 à 13:32 - -J’l'aime bien Mac Caw… Me fait penser à un copain perdu de vue…











