Maxime Médard, la bonne éducation
Posté le 21.02.2011 dans Portraits par Ludovic Ninet / Lu 6 552 foisPour Marc Lièvremont, « Maxime Médard et le XV de France, [c’était] une évidence » lorsqu’en novembre 2008 le jeune Toulousain était sélectionné pour la première fois. En 2011, l’évidence est redevenue. Médard, en bleu ou en noir avec Toulouse, exprime à lui seul le jeu et l’audace que le rugby français cherche à retrouver. Il sera samedi à Twickenham l’une des principales armes offensives du XV de France.
Premier indice, il répète plusieurs fois que « ses qualités, c’est dans l’évitement, pas d’aller péter dans les mecs ». « Mon père, poursuit Maxime Médard, m’avait expliqué : ‘‘Le rugby, c’est 90% dans la tête, 10% avec les muscles…’’ Et puis, au fur et à mesure, tu prends conscience de ton corps, tu connais tes qualités, tes défauts. Et mes qualités… » sont dans l’évitement, on l’a noté, pas d’aller péter dans les mecs. Pourtant, Médard, toujours meilleur marqueur du Top 14 après 19 journées (13 essais en 16 matches), déjà deux fois marqueur dans le Tournoi 2011*, est aussi l’un des meilleurs casseurs de plaquage du Championnat (cf. classement). C’est qu’il appréhende le duel autrement que d’une manière purement frontale.
Il approfondit : « J’ai toujours aimé les joueurs qui se démarquent par la vitesse, les crochets, la gestuelle, l’esthétique. Quand tu es à Blagnac et que tu aimes le rugby, tu aimes forcément le Stade (Toulousain). A l’époque, tu avais Califano, Garbajosa, Castaignède, Berty… Tous ces joueurs-là, je voulais devenir comme eux. » A Blagnac, proche banlieue toulousaine, le jeune Médard, fils d’un troisième ligne aile devenu entraineur et arbitre, est né un dimanche à 15 heures – on se refait pas – un ballon dans les mains, comme il dit. A 5 ans, il jouait déjà. A 15, ailier un peu bedonnant (« Ma morphologie fait que je n’ai pas les abdos de certains »), il était recruté par le Stade. A 18, il signait son premier contrat pro. Le goût du jeu en lui.
Petit, quand les arrières ne relançaient pas, il éteignait la télé. Après ses premières sélections timorées, ça a fait tilt. Combien de gamins avaient éteint leur poste de télévision ? Il dit aujourd’hui : « Je me pose moins de questions. C’est une histoire de certitudes et de confiance, je ne sais pas comment l’expliquer… Physiquement, ça va. Mentalement, ça va. J’ai juste envie de jouer. Quand il y a la victoire au bout et tant que j’arrive à marquer des essais, les questions ne se posent pas. » Il hausse les épaules et sourit. Ajoute : « Mais je peux me planter dès demain. » C’est déjà arrivé (relire sa biographie).
Finalement, se dit-on, ce qui lui va le mieux, c’est l’instinct. Surtout ne pas compter. Et ce défi, toujours : « Passer les mecs. » Jouer sans (trop) réfléchir, « respecter le plan de jeu avec un petit brin… déluré ». La folie créatrice, l’envie de passer plus que de déstroncher, voilà ce qui l’anime et ce qui, par le lien qu’il crée avec un certain rugby français passé, nous le rend si sympathique. On en revient forcément au Stade Toulousain. A l’un des rares rugbys français encore identifiables et à ce que Maxime Médard appelle « le passage de témoin » assuré par des entraineurs, anciens joueurs du club, qui inculquent ce jeu désormais pratiqué depuis près de trente ans. Un cliché ? Un peu, peut-être. Mais Médard a trouvé son épanouissement dans le terreau toulousain, ce n’est certainement pas un hasard.
Il est en tout cas la preuve que le rugby français peut produire des joueurs aux qualités au moins égales à celles de ces Australiens tant admirés en novembre dernier. C’est juste une question d’éducation.
* Médard a marqué contre l’Ecosse et contre l’Irlande. Deux Français ont déjà réussi le Grand Chelem des essais (un essai par rencontre du Tournoi) : Philippe Sella en 1986 (Cinq Nations) et Philippe Bernat-Salles en 2001 (Six Nations).
Parcourir les autres articles
Commentaires ( 1 Comment )
D.Duret a laissé un commentaire le 22 fév 2011 à 08:17 - -Dimanche j’ai regardé avec grand plaisir la rencontre Lannemezan – Oloron, pour me changer des éternels combats de ligne de gros qui font “boum” du tope qu’a torze…
Et j’ai bien fait !











