L’humeur de Jean-Pierre Elissalde : Coupe d’Europe, un leurre ou du beurre ?

Posté le 07.04.2011 dans L'humeur de Jean-Pierre Elissalde par JPE / Lu 2 441 fois

La Coupe d’Europe est une compétition à double tranchant, réellement accessible à peu d’élus finalement. Il y a ceux qui ont les moyens et les autres. Pour les autres, elle est un leurre. Castres, Brive et le Stade Français nous l’ont démontré ces dernières saisons, on peut mettre en péril ses résultats domestiques (en championnat) à figurer en H Cup sans être armé pour. Dans ces cas-là, les défaites s’accumulent, l’équilibre se perd. Les trois clubs cités ont frôlé la correctionnelle ces années-là. Ce phénomène est également constaté chez nos cousins du football (cf. Auxerre cette saison ou le TFC il y a peu).

Il est donc illusoire de croire qu’au-delà des quatre voire des cinq premiers de notre championnat, les équipes engagées en Coupe d’Europe ont les moyens d’y bien figurer. On entend pourtant de nombreux présidents de club ambitionner de « faire l’Europe ». Que cherchent-ils ? La dotation financière qui va avec avant tout (500 000 euros au titre des droits TV et marketing commercialisés par l’ERC, hors participation aux phases finales et recettes supplémentaires générées par les clubs eux-mêmes). On en vient au beurre. La qualification pour la Coupe d’Europe fait miroiter de nouveaux sponsors, assure une attractivité sportive accrue pour les futures recrues et promet des affiches alléchantes et les recettes de billetterie qui suivent. Mais il y a un « mais » qui a son importance. Pour que ces perspectives deviennent réalité et réalité durable, il faut des moyens a priori. Sinon, c’est un petit tour et puis s’en va avec des contrats de joueurs et des salaires élevés à honorer sur plusieurs exercices. L’Europe est un apprentissage long et difficile. Le classement des clubs qui sert de base à la constitution (opaque !!) des poules défavorise les nouveaux arrivants, dont le parcours n’en est que plus dur (cf. le Racing cette année). Toulon qui se qualifie cette saison pour sa première participation à la compétition est l’exception qui confirme la règle. L’exportation des quarts de finale dans de grands stades de Catalogne et du pays Basque Sud prouve par ailleurs que nos clubs, si grands soient-ils, ne disposent pas de l’outil suffisant pour la tenue des grands événements que suppose la phase finale de la compétition à part quelques exceptions à Paris et Toulouse.

Jean-Pierre Elissalde. (Photo DR)

Je fais donc mienne une proposition de Bernard Laporte (qui lui même reprenait une idée de Jacques Fouroux) : qualifions les quatre premiers de notre championnat pour la Coupe d’Europe comme c’est déjà le cas et profitons des deux (ou trois) tickets restant pour y envoyer des sélections des meilleurs joueurs de tous nos autres clubs – joueurs sélectionnables pour l’équipe de France tant qu’à faire. Parce que toujours du côté du beurre, donc de la réussite, il y a, reconnaissons-le, un niveau de jeu tout à fait intéressant, très proche du plus haut niveau international à partir des quarts de finale et même pour certains matches de poule. Les joueurs ont donc tout à gagner à participer à cette compétition, l’équipe de France en tire forcément profit. La Coupe d’Europe est tirée par un arbitrage majoritairement anglo-saxon plus strict (l’exemple du jeu au sol est flagrant, l’interprétation de la mêlée aussi) qui entraîne un plus grand respect des règles de la part des équipes et, de fait, un rythme de jeu plus élevé, moins centré sur le combat. Le jeu en sort gagnant, l’équipe de France aussi, ses membres s’habituant ainsi à l’arbitrage qui sévit au niveau international. Cet aspect du jeu est le VRAI bon côté de la Coupe d’Europe.

Pour les moins bons, je relève pêle-mêle l’enchevêtrement des phases finales de la compétition avec celles du Top 14 et parfois l’obligation induite pour les clubs engagés sur les deux tableaux de lâcher l’une des deux compétitions, le côté parcellaire des rendez-vous européens étalés par groupes de deux week-ends successifs (puis un seul) au long de la saison qui rendent son suivi mal aisé, la sévérité extrême des sanctions sur le terrain (carton rouge de Fritz aux Wasps) et en dehors (suspension de Dupuy et Attoub l’an dernier) qui tranche avec la complaisance coupable des sanctions en France – combien aurait-on infligé aux Perpignanais et Bayonnais si la bagarre avait eu lieu dans le cadre d’une compétition européenne ? J’ajoute l’opacité des tirages au sort pour l’établissement du tableau final (pourquoi ces doublons franco-français ? avec le Challenge Européen, nous comptons neuf clubs en quarts et il y aura quatre doublons, on ne pouvait pas faire plus…), pour l’attribution des terrains d’accueil des demi-finales, etc.

Cette compétition qui permet avant tout et surtout aux équipes celtes (irlandaises, galloises et écossaises) de (sur)vivre – que seraient ces entités professionnelles avec pour seule compétition la ligue celte ? –, cette compétition qui a permis cette dernière décennie au Stade Toulousain de remporter les titres qu’il ne gagnait plus en France mériterait peut-être d’être un peu repensées. Ou l’approche qui en est faite de notre côté de la Manche.

Jean-Pierre Elissalde

Le programme des quarts de finale

Coupe d’Europe

Perpignan – Toulon, samedi 16h30 sur France 2 et Canal+

Leinster (IRL) – Leicester (ANG), samedi 19h sur Sport+

Northampton (ANG) – Ulster (IRL), dimanche 14h

Biarritz – Toulouse, dimanche 17h30 sur France 2

Challenge Européen

La Rochelle – Clermont, jeudi 20h45 sur Eurosport

Harlequins (ANG) – Wasps (ANG), vendredi 20h45

Stade Français – Montpellier, vendredi 20h45 sur France 4

Brive – Munster (IRL), samedi 14h sur Eurosport

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Commentaires ( 3 )

Intéressant, sauf que ces sélections risquent de se casser les dents avec le peu d’habitudes de jouer ensemble, et de se casser tout court sans que leurs clubs puissent y faire quoi que ce soit. Ensuite, quels seraient ces joueurs dont le niveau leur permettrait d’être sélectionnés ? Pour 90% d’entre eux ils jouent déjà pour les 4 clubs qui se qualifieraient.

Sur le constat, je partage votre avis et j’irai plus loin. Pour deux clubs qui ont toujours réellement joué le jeu de la HCup, a savoir Biarritz et Toulouse, les autres gros des années 2000 ont toujours misé sur le championnat. Paris n’a jamais passé les 1/4 les années où ils ont été champions de France, et ils doivent sans doute une part de leurs titres à la fraicheur épargnée.
Concernant Toulouse, le fait que la compétition européenne s’achève avant la compétition française a souvent décidé du sort en championnat : en 1999, 2001 et 2008, le champion de France n’a pas joué la finale européenne. En 2003, 2004, 2005 et 2010, le champion d’Europe (finaliste pour 2004) n’a pas joué la finale nationale (ou l’a nettement perdue en 2003). La phrase fétiche de Guy Novès est “le doublé est impossible” (1996 ne compte pas vraiment). D’ailleurs, sur votre dernière phrase
“cette compétition qui a permis cette dernière décennie au Stade Toulousain de remporter les titres qu’il ne gagnait plus en France”, je vous trouve un peu mesquin, quel aurait été le résultat de Toulouse en France en 2003, 4, 5 et 10 sans la HCup ?

Il est à mon avis vital de réduire la taille de la HCup (et celle du challenge) drastiquement : moins de clubs et moins de matches, plutôt que de chercher hors club comment y amener des équipes compétitives. Mais les celtiques ne le voudrons jamais.

Bôôh a laissé un commentaire le 07 avr 2011 à 10:32 - -

“cette compétition qui a permis cette dernière décennie au stade toulousain de gagner les titres qu’il ne gagnait plus en France”

C’est donc un lot de consolation? Quel manque de considération et de respect pour cette compétition dont le niveau de jeu (vous le dîtes vous même) est supérieur à celui du top 14. Tellement lot de consolation que mis à part Brive aucune autre équipe française ne l’a gagné… n’aurait-on pas pu dire le top 14 qui a permis au équipes françaises qui n’arrivent pas à briller en Hcup de continuer à gagner des titres?

Décidément on aime peu la réussite dans la France du rugby, il suffit de voir comment est considérée l’ASM cette année…
Sinon pour votre idée d’équipes “secondaires” qui les finance? quand se réunissent-elles, avec quel temps de préparation?

On se bat contre des moulins à vent là, faisons des poules de 3 avec seulement le premier qualifié, un top 12 ou même 10 ça ira déjà mieux…

olivier a laissé un commentaire le 07 avr 2011 à 16:02 - -

Pour le public français, la Coupe d’Europe a quand même un énorme avantage : finale de Championnat excepté, c’est la seule façon pour les non-abonnés à Canal+/Rugby+ de voir évoluer les clubs du Top 14 à la télé. Je ne serais pas étonné de savoir que des bons résultats télévisés en H Cup ont une influence sur la popularité hexagonale d’un club. Nul doute que les présidents (et les trésoriers) y sont sensibles.

L’idée que vous prônez concernant une sélection complémentaire des clubs en Coupe d’Europe existe dans le basket féminin : le deuxième club belge engagé en Eurocoupe (équivalent du Challenge Européen) est en fait une sélection de jeunes joueuses appelée les Young Cats de Bruxelles. La probable future meilleure joueuse de Belgique évolue d’ailleurs dans cette équipe.

NicoD. a laissé un commentaire le 09 avr 2011 à 14:37 - -

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