Julien Pierre : « Je me suis mis des séances de muscu dans la gueule »
Posté le 25.02.2011 dans Interviews, Portraits par Ludovic Ninet / Lu 5 075 foisLe deuxième ligne de Clermont joue gros ce samedi contre l’Angleterre, comme tout le reste de l’équipe de France. Devenu incontournable depuis un an dans le cinq de devant tricolore, Julien Pierre a évoqué sa carrière et ses deux passions, le rugby et les animaux, sur un coin de table de la salle de presse du CNR, vendredi dernier. Il était de retour à Marcoussis après une coupure de trois jours au cours de laquelle il s’était mis du blues et du rock plein les oreilles.
Julien, tu es en équipe de France de manière durable depuis un an. A la lecture de ta carrière, il semble qu’à chaque club par lequel tu es passé corresponde un palier. Comment vois-tu ton parcours ?
Comme une montée en puissance progressive. C’est vrai qu’on ne me voyait peut-être pas réussir à Bourgoin, au bout de cinq ans j’en étais le capitaine. Puis quand j’en suis parti, on ne me voyait pas forcément réussir à l’ASM. Et puis aujourd’hui je suis là. J’ai peut-être pris mon temps par rapport à certains, c’est peut-être le poste aussi qui veut ça. Mais j’ai fait mon petit bonhomme de chemin et je suis content d’être là. J’ai bossé pour. J’ai fait les bons choix au bon moment, partir de Bourgoin par exemple, et j’ai joué ma carte à fond à l’ASM.
Ton expérience à Bourgoin semble quand même charnière.
J’y suis arrivé, j’étais « minot ». J’avais fait quatre ans à La Rochelle, ce qui avait été un passage important pour moi parce que je venais de Vendée où il y a très peu de rugby. A La Rochelle, j’avais découvert le rugby pro : une année de Top 16 où on descend et une année de Pro D2. Quand tu as 20 ans, ça t’aguerrit. Ensuite, à Bourgoin, j’ai trouvé des valeurs guerrières, d’abnégation et de combat, une atmosphère assez familiale qui m’allait bien.
Tu parles de tes débuts en Vendée, comment as-tu découvert le rugby ?
Mes parents avaient un ami anglais rugbyman deuxième ligne au Rugby Club Sablais (le club des Sables-d’Olonne). Un jour, il m’a emmené et j’y suis resté. J’avais 8 ou 9 ans. Ensuite, je suis parti en internat à La Roche-sur-Yon et j’ai joué là-bas.
Quand tu as commencé, tu te voyais aller jusqu’où ?
Je ne sais pas si je me suis vraiment fixé d’objectif. Le rugby était arrivé au hasard dans ma vie puis ce sport est devenu ma passion mais dans une région encore une fois où il y a peu de rugby. Alors quand La Rochelle m’a contacté pour aller dans son centre de formation, je me suis dit : « Pourquoi pas, on va y aller à fond. » Et puis, encore Junior Reichel, j’ai fait mon premier match en première, et là je me suis dit : « Faut vraiment y aller. »
La perspective de devenir professionnel, d’en vivre te motivait ?
Je ne me suis pas dit que j’allais faire du rugby pour gagner ma vie ou pour essayer de gagner le plus d’argent possible mais pour me prouver que je pouvais réussir. En Top 16 à La Rochelle, je faisais encore des études (un BTS), c’était un peu dur. L’année suivante, je n’en pouvais plus, au bout de six mois j’ai lâché les études. En fin de saison, j’ai été contacté par Bourgoin. Je me suis dit : « Allez, je vais voir. » Après, quand on commence à jouer en Top 14, on pense forcément à l’équipe de France. Dire le contraire serait mentir.
Pour toi, réussir, c’est ou c’était quoi ? Jouer dans chaque équipe où tu es passé ?
C’était m’imposer.
Comme une recherche de reconnaissance ?
Ouais. Certainement.
Au niveau international, il peut t’être reproché un manque de densité physique…
C’est vrai que j’ai peut-être moins de densité physique que certains mais je me déplace aussi peut-être plus. Et puis j’ai pris du poids. Je tourne entre 112 et 114 kilos. J’ai beaucoup bossé, je me suis mis des séances de muscu dans la gueule. Vraiment. Parfois seul le week-end quand j’étais encore à Bourgoin. Ou pour rattraper, avec l’aide des diététiciens, les 15 kilos que j’avais perdu quand j’ai chopé le palu (en juin 2009, voir plus bas). Maintenant, je sais que je ne ferai jamais 125 kilos et, de toute façon, ce ne serait pas mon jeu. Donc ce n’est pas quelque chose qui me perturbe plus que ça.
Qu’as-tu d’autre à acquérir encore pour mieux t’exprimer au niveau international ?
Une somme de petits détails, une meilleure concentration. A Clermont, Vern (Cotter) nous demande de travailler nos points faibles après les entrainements. J’ai énormément travaillé la percussion avec Elvis Vermeulen. Après chaque séance, on bossait dix minutes en plus. Il m’a donné des petites astuces. Aujourd’hui, j’ai progressé là-dessus.
Changeons de sujet. Tu as parlé de ta jeunesse aux Sables-d’Olonne. Est-ce vrai que ta famille y gérait un zoo ?
Mon grand-père a créé un zoo à Doué la Fontaine, près de Saumur et d’Angers, puis il en a racheté un aux Sables-d’Olonne que mes parents avaient en gérance.
Cela a-t-il eu une influence sur ta vie ?
Clairement. C’est un univers vers lequel je veux me tourner après le rugby. Pas forcément la zoologie mais tout ce qui est protection de l’environnement, protection animalière. Mon oncle a repris les zoos et les développe, il a décidé d’en faire des bioparcs*. Lui ce qui l’intéresse c’est la sauvegarde animalière, il a beaucoup de projets partout dans le monde. J’ai attrapé le palu en le suivant dans une mission de sauvegarde du tigre de Sumatra.
Tu aimes les animaux, il y a beaucoup de chasseurs dans le monde du rugby…
Eh oui…
C’est dur à vivre ?
Il y a des chasseurs respectueux. Quand j’étais malade et vraiment pas bien, Juju (Bonnaire) m’a emmené chasser en me disant que ça me ferait du bien de sortir. Je ne le referai pas, mais au moins, j’avais pris l’air.
As-tu déjà prévu quelque chose pour ta reconversion ?
Je viens de faire une sorte de bilan de compétence qui m’a aidé à me dire : c’est ça que je veux faire. J’ai envie de voyager, envie de voir du monde, de m’engager dans ce genre de cause parce que ça me parle, parce que c’est une autre passion que j’ai. Je vais m’y pencher sérieusement pour ne pas me retrouver dans trois ou quatre ans à me demander ce que je vais faire quand le rugby sera fini.
Tu es contrat avec Clermont jusqu’à quand ?
J’ai re-signé cette année pour trois ans, jusqu’en 2014. J’aurai 33 ans. Je verrai mais je ne pense pas que je ferai beaucoup plus après ça. Si je vais jusqu’à 2015, 2016, ce sera bien.
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* Pour son 50e anniversaire, le zoo de Doué la Fontaine prend un nouveau nom plus adapté à son engagement en faveur de la conservation de la biodiversité.
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Commentaires ( 1 Comment )
yophol a laissé un commentaire le 05 mar 2011 à 23:05 - -un mec bien, un bel article et un club qui l’a adoré aussi : le CSBJ, t’es devenu un grand juju, bon vent












