Florian Fritz, l’oublié
Posté le 26.01.2010 dans Débats, Portraits par Ludovic Ninet / Lu 7 087 foisLe Toulousain, à son meilleur niveau actuellement, n’a pas été retenu pour les deux premiers matches du Tournoi. Comment Marc Lièvremont a-t-il pu décider de faire sans ?
A lire également l’article (et ses commentaires) plus récent sur la non-sélection de Fritz par Saint-André pour le stage de préparation au Tournoi 2012.
Revoyons ce petit coup de pied dosé, rasant pour l’essai de Maxime Médard lors du dernier Toulouse-Harlequins en Coupe d’Europe (33-21, le 17 janvier). Aurait-on vu Florian Fritz réussir pareil geste à Bourgoin ? A l’époque, Fritz jouait 12 et rentrait, essentiellement. Puis, en 2004, il vint au Stade Toulousain, où le talent brut fut poli année après année. « Depuis son arrivée à Toulouse, affirme Jean-Pierre Elissalde, observateur averti du rugby pro, il a progressé régulièrement, sans éclater. Il a suivi une maturation petit à petit. » En l’absence du grand Jauzion, il tint tout de même à lui seul les lignes arrière du quinze de France lors de son premier Tournoi, en 2006. Aujourd’hui, à Toulouse, Fritz, qui bute aussi désormais, peut évoluer avec autant de brio à l’ouverture, au poste de premier ou de second centre. « Florian est un joueur très complet et en grande forme actuellement, assure d’ailleurs l’ancien ouvreur international Yann Delaigue. Il présente des similitudes avec Yannick Jauzion, joueur physique et technique, l’expérience internationale en moins. »
De l’expérience, le joueur originaire de l’Yonne en compte pourtant. Avec 18 sélections depuis 2005, il est, derrière Traille (74 sél.), Jauzion (63) et Marty (25), le plus capé à son poste en activité. Encore derrière Jauzion, il a été en 2009 le joueur le plus utilisé au centre de l’attaque tricolore*. Alors ? Alors Fritz a souffert la concurrence – rude, il est vrai – des deux révélations de la saison passée, Mathieu Bastareaud et Maxime Mermoz (actuellement blessé), celle également de son jeune partenaire de club, ex-Berjallien comme lui, Yann David (encore trop frustre). Pour l’Ecosse et l’Irlande, en plus de Jauzion, c’est Bastareaud et Marty qui lui ont été préférés. Delaigue précise : « Marty évolue dans un registre plus restreint. Bastareaud allie désormais à sa puissance des gestes techniques qu’on ne lui connaissait pas, mais, quand même, moi, j’aurais plus vu Florian. »
On a d’ailleurs du mal à croire Marc Lièvremont quand celui-ci explique, c’était le 20 janvier à Marcoussis : « J’avais dit qu’il y avait quatre profils intéressants au poste de second centre. Par rapport à la complémentarité que l’on recherche, Mathieu Bastareaud et David Marty sont beaucoup plus performants… » C’est oublier un peu vite que Fritz et Jauzion font la paire à Toulouse depuis des années, qu’ils l’ont même faite en bleu sous les ordres de Lièvremont pas plus tard qu’en 2009 lors du précédent Tournoi, que Fritz aurait certainement accompli dans son intégralité s’il n’avait écopé d’une suspension de trois semaines pour un geste d’énervement contre l’Irlande. Guy Novès, le manager toulousain, appuie : « On le positionne en second centre où il est très complémentaire de Jauzion ou David pour enchaîner les actions au large. » Alors, on tourne le problème dans un sens et puis dans l’autre et rien ne vient.
Sauf l’écho d’une rumeur insistante. Le comportement de Florian Fritz, son investissement, dit-on, ne collerait pas aux exigences de l’équipe nationale. A ce sujet, Lièvremont a eu ces mots, qui noient plus qu’ils n’éclairent : « Ce (sa non-sélection) n’est pas une sanction, le mot sanction est lourd. On connaît tous le potentiel de Florian. A son poste, il est capable de très grandes choses. » Que paye-t-il alors ? Micro ouvert, personne n’ose en dire plus. On suppute donc, tout le monde suppute. Fritz faisait partie de la tournée de juin dernier en Nouvelle-Zélande et en Australie, il ne fut titulaire qu’à l’occasion du dernier test contre les Wallabies et, depuis, plus de maillot tricolore. Elissalde glisse : « Il est décalé. Ce côté détaché me le rend attachant, mais c’est bien beau d’être différent, ce n’est pas toujours facile. » Novès, lui, affirme : « Comme tous les autres joueurs, il faut savoir le prendre, mais je ne peux que louer son travail et son investissement. Flo a besoin de confiance, de sentir ses coaches et ses partenaires derrière lui. En retour, il est capable de tout donner pour eux. Au Stade Toulousain, il se sent chez lui. » Puis il livre un indice : « Mais s’il sent qu’on le trompe, il peut se mettre la pression tout seul. » Se sent-il épié, Florian Fritz, quand il revêt l’uniforme bleu ? Sa relation avec l’instance fédérale, ou certains de ses membres, a souvent été heurtée, son intégration au Pôle France soumise à controverse puis conditions, sa première cape avec le quinze de France retardée pour un écart de conduite en sélection des moins de 21 ans, sa non-sélection pour la Coupe du monde 2007 fut déjà discutable.
Mais le garçon, trop affranchi, ne se forcerait à sourire pour rien au monde, quitte à ce que ce tempérament qui le meut sur un terrain le desserve en dehors. Fritz laisse aux décideurs le choix de tendre la main, ou non. Sa réponse, il n’en a qu’une, lui sait qu’il la donnera sur la pelouse. « C’est en étant toujours bon avec son club qu’il obligera les sélectionneurs à faire appel à lui », abonde Delaigue. On ne voit donc pas comment – hors raison extra sportive, il ne retrouverait pas le maillot bleu. Mais quand ?
*En 2009, sur 11 matches, 8 joueurs ont occupé le poste de trois-quarts centre : Yannick Jauzion (Stade Toulousain) : 7 titularisations, 1 fois remplaçant Florian Fritz (Stade Toulousain) : 3 titularisations, 2 fois remplaçant Mathieu Bastareaud (Stade Français) : 3 titularisations, 1 fois remplaçant Maxime Mermoz (USA Perpignan) : 3 titularisations, 1 fois remplaçant David Marty (USA Perpignan) : 2 titularisations, 1 fois remplaçant Damien Traille (Biarritz Olympique) : 2 titularisations Yann David (Stade Toulousain) : 1 titularisation, 2 fois remplaçant Benoît Baby (ASM Clermont Auvergne) : 1 titularisation, 1 fois remplaçantParcourir les autres articles
Commentaires ( 3 )
fran6 a laissé un commentaire le 27 jan 2010 à 12:02 - -On parle du comportement de Fritz mais on selectionne tout de même Mathieu Bastareaud!!!!!!!!!! Fritz n’a jamais entrainé un acharnement médiatique sur ses frasques comme Bastareaud, même si ce qu’il a fait en équipe de France des moins de 21 est tout à fait inadmissible, mais Fritz LUI a été sanctionné de 2 ans de non sélections, et mathieu bastareaud n’aura été écarté que 6 mois (et encore aurait il été selectionné vu le niveau à ce moment là de Maxime Mermoz).Il reigne une part d’injustice en équipe de France ou certains joueurs jouissent d’un crédit plus important de la part du sélectionneur!! C’est en effet en continuant de garder un niveau de jeu comme celui pratiqué actuellement au Stade Toulousain que Florian Fritz pourra réintégrer par la force des choses le XV tricolore!!!!
(petite dédicace à mon compère et ami de la 3 ème ligne du Rcp15 Ludovic Ninet, je suis très content de laisser le premier commentaire sur un de tes articles en plus tu parles d’un toulousain, continue d’écrire des articles qui lancent la polémique comme celui ci cela m’a beaucoup inspiré!!!)
Florian FRITZ l'oublié a laissé un commentaire le 02 fév 2010 à 19:21 - -Je suis tout à fait d’accord avec ce qui est dit ci-dessus, je trouve
inadmissible que l’on reproche son comportement, quel comportement ??? D’avoir fait une fourchette en pleine action? ce n’est tout même moins grave que l’affaire BASTAREAUD qui a risqué un
incident diplomatique et lui 6 mois après il est selectionné !!!!!
Les selectionneurs choisisent leurs joueurs suivant leurs qualités
ou suivant leurs affinités. C’est vraiment dégueulasse et je suis dégouté et beaucoup d’autres autour de moi sont dans le même état d’esprit.
Florian continue de nous faire rêver, nous serons toujours avec toi…
Momba a laissé un commentaire le 03 fév 2010 à 11:48 - -je respecte en général la franchise et la droiture du staff technique mais on remarque tout de même un manque de coherence évident.
Le comportement nonchalant de Fritz (en dehors du terrain) est stigmatisé et justifie, semble-t-il à elle seule, sa mise à l’écart.
Mais mercredi, à l’annonce du groupe appelé a rencontré l’Ecosse en ouverture du Tournoi, Milou N’Tamack a déclaré à propos de Mathieu Bastaraud:
“L’histoire est terminée pour nous et seules comptent ses performances sur le terrain.”Il semble donc que chaque sélectionnable n’est pas jugé sur les mêmes critères et c’est dommage…










