Contre la France, les Anglais battront-ils vraiment des ailes ?
Posté le 18.03.2010 dans Analyses, Portraits par Ludovic Ninet / Lu 1 960 foisIls se sont armés pour. Martin Johnson a aligné un trio d’attaque aux jambes pleines de dynamite, chaperonné par l’expérimenté Mark Cueto des Sale Sharks (30, ans, 38 sélections depuis 2004, plus une avec les Lions, 15 essais), qui tiendra l’aile droite. Les autres, deux jeunes chiens fous, viennent de Northampton : Ben Foden (formé à Sale) à l’arrière et Chris Ashton à l’aile gauche. Deux chiens fous vraiment ? Analyse avec Oriol Ripol, ailier de Sale.
Ben Foden, je l’avais croisé à Sale en juillet 2006, alors que pour Rugby Hebdo j’étais allé expérimenter la préparation physique à l’anglaise. Il n’avait pas 21 ans. Il était encore à l’Academy mais avait déjà enquillé quelques matches en première. Il m’avait fait l’effet d’un gamin hyper doué, surtout jamais fatigué, le genre de gars qui cavale en permanence même quand l’entraînement est terminé. Parce qu’il s’amuse. Et c’est bien l’impression qu’il donne sur un terrain. Il joue. Balle en main, essentiellement. Cette saison, il est en Premiership le joueur ayant parcouru le plus de distance en portant le ballon : 1062 mètres en 12 matches. Soit 88 mètres par rencontre, c’est beaucoup. Clément Poitrenaud, qui a beaucoup couru balle en main contre l’Italie, en a parcouru 81 ce jour-là.
Les stats en faveur du jeune arrière anglais, qui joue sa cinquième saison en Premiership, ne s’arrêtent pas là. Il est aussi le deuxième joueur à avoir, depuis le début de saison, battu le plus de défenseurs cherchant à le plaquer (26 !) et le deuxième en nombre de franchissements limpides (12). Oriol Ripol a joué trois saisons avec lui, à Sale. Voilà ce qu’il dit de lui : « Ben est le genre de joueur qui peut créer à partir de rien, parce qu’il est très rapide et parce qu’il a une grande confiance en lui. Il n’a pas peur de prendre des risques, il aime courir et veut jouer. A ses débuts, il s’appuyait essentiellement sur son instinct, aujourd’hui il contrôle son jeu. C’est pourquoi, selon moi, il a été appelé en équipe d’Angleterre. Pour apporter un peu plus de flair, en tout cas quelque chose de différent. Comme Jason Robinson en son temps. » Jason Robinson, tiens, tiens. A Sale, il était l’arrière numéro un quand Foden débutait.
Et Chris Ahston ? De deux ans le cadet de Foden, Ashton, formé au rugby à XIII à Wigan (jusqu’en 2007) d’où il est originaire, apparaît lui aussi dans les premières places du classement des franchissements : 11 en 14 matches. Mais là où Ashton impressionne vraiment, c’est dans son rôle de finisseur : déjà 19 essais cette saison, toutes compétitions confondues (25 matches), 12 en Premiership dont il est le meilleur marqueur. Si on n’appelle pas ça l’instinct du tueur… « Il est toujours au bon endroit au bon moment pour marquer », affirme Ripol.
Ces deux petits gars bâtis dans le même moule (tous les deux 1,83 m, 91 kg pour l’un, 92 pour l’autre) vont découvrir samedi soir les émotions d’une première titularisation. Ce sera la quatrième cape pour Foden, la toute première pour Ashton. Au Stade de France pour la finale du Tournoi, Grand Chelem en vue pour les Français. On a déjà fait plus cool comme entrée en matière. Mais n’est-ce pas dans ces grandes occasions que se révèlent talents et caractères ? Ils seront encadrés par Mark Cueto, joueur d’expérience, « très solide, puissant, irréprochable sur les bases et les ballons haut », précise Ripol, qui ajoute : « Avec Ben, ils se connaissent très bien et son arrivée peut aussi faire du bien à Mark pour l’entraîner dans un jeu plus excitant. »
L’opposition face au triangle d’attaque français Poitrenaud-Palisson-Andreu promet. Reste à savoir si le milieu du terrain anglais composé de Toby Flood à l’ouverture, de Ricky Flutey et du revenant Mike Tindall au centre saura placer ces trois flèches dans les conditions pour porter le danger dans la défense française.
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Commentaires ( 1 Comment )
Philippe Verneaux a laissé un commentaire le 20 mar 2010 à 13:27 - -Surtout ne regardez pas France-Angleterre !
It’s a joke indeed !
Mais peut-être pas tant que ça. Voyons un peu plus loin que ce 93e France-Angleterre.
Que le XV de France l’emporte en raflant son neuvième Grand Chelem, et les louanges s’amoncelleront dans la presse et aux zincs des bistrots. Avec ça, Marc Lièvremont sera bien avancé à dix-huit mois de la Coupe du monde en Nouvelle-Zélande ! Les Grands Chelems tricolores n’ont jamais abouti à une victoire dans un Mondial. On se reposera sur des pseudo-vertus (ah, la conquête !) qui se seront évanouies dans un an et demi. Bref, vous vous enflammeriez pour rien !
Que le XV de France perde face à celui de la Rose et le sélectionneur sera livré aux chiens ! Oubliés les quatre premiers matches convaincants du Tournoi 2010. Tout à refaire. Et les sempiternelles questions à résoudre : Parra-Trinh-Duc charnière ad hoc, Jauzion ou pas Jauzion, Médard ou Poitrenaud à l’arrière, Chabal titulaire or not, jeu d’occupation ou jeu d’attaque… Bref, vous vous mettriez la tête à l’envers sans rien arranger !
Bon mais alors. Il sert à quoi ce Crunch ? Hormis ce qui nourrit la fantasmagorie ambiante, autrement dit les vieux poncifes d’après-match des intéressés ou des medias selon le résultat (« Un groupe est né », « Il reste beaucoup de travail », « Ces Bleus peuvent y croire » ou « C’est pas gagné »), à pas grand chose. Il reste trop de temps avant la grande échéance de 2011.
Allez, j’exagère évidemment. Ce serait une joie non dissimulée que les descendants de Jeanne d’Arc (ok, ok !, elle était pucelle) fassent ravaler leur morgue (« Sorry good game ») à ceux des Tudor. Mais, et je me mords les lèvres en l’écrivant, une petite leçon d’Assimil (in english of course) à Saint-Denis ne serait pas si lourde de conséquences. Un genre de petit coup de pied au cul, quoi. Surtout pour fouetter les sangs qui abreuvent les sillons de l’espoir. Et que l’an prochain, au pays du Long Nuage Blanc, le jour de gloire arrive …










