Angleterre – France : les hormones et le rugby à une passe ont limité la casse
Posté le 27.02.2011 dans Analyses par Ludovic Ninet / Lu 5 027 foisAprès avoir défendu ce dimanche matin à Londres Yoann Huget et Sébastien Chabal dont les performances étaient questionnées par les observateurs, Marc Lièvremont a également déclaré que « les garçons » avaient fait un bon match et qu’ils méritaient le respect. Les Français ont, c’est vrai, livré contre l’Angleterre une partie plus aboutie que celles livrées contre l’Ecosse et l’Irlande. Faut-il pour autant s’enorgueillir de cette courte défaite à Twickenham (17-9) ? La crainte de prendre une volée a certainement permis aux Bleus de franchir un palier dans leur reconstruction. Mais Lièvremont eut également ce commentaire samedi soir : « On a pratiqué un rugby stérile souvent arrêté, avec trop de jeu à une passe. Cela montre à quel point on est encore fragile. » Il avait diablement raison.
Comptons : les 10 en-avants, les 5 passes mal ajustées ou mal contrôlées, les 4 ballons perdus sous la pression dans les rucks, les 2 touches directes et le contre sur le dégagement de Yachvili entrainant une mêlée à 5 pour l’Angleterre, les Français ont rendu 22 munitions à leurs adversaires. Les Anglais, très maladroits eux aussi (9 en-avants), en ont rendu 10 de moins.
Autre constat : la redistribution offensive. Si samedi à Twickenham, les hommes de Dusautoir ont réussi à mettre de la vitesse sur la plupart de leurs lancements de jeu et, vraie nouveauté, parfois sur plusieurs temps, faute d’organisation, ils s’en sont souvent remis à ce jeu à une passe remarqué plus haut par Lièvremont avec des joueurs arrêtés ou isolés. Il parut évident que les Anglais, par leur mouvement général, maintenait cette vitesse plus longuement. Côté français, ces situations se sont souvent soldées par des pertes de balle ou un net déficit territorial (drop contré de Trinh-Duc par exemple, 56e). Faut-il y voir un manque de souffle ou un manque de repères collectifs ? Certainement un peu des deux. Notons toutefois que les Français ont réussi 7 fois dans la partie à tenir le ballon sur des séquences approchant ou dépassant la minute (la plus longue : 2’20). Imaginons un instant ces phases-là avec, au hasard, une animation offensive autour du 10, un demi de mêlée qui porterait le danger, une ligne mieux reformée…
Dans ce jeu, ce sont sans surprise Servat (10 fois), Jauzion (10) et Dusautoir (9) qui ont le plus porté le ballon mais les plus grandes distances gagnées, apprend-on grâce à Opta, l’ont été par Vincent Clerc (59 m) et Yoann Huget (34). Au total 335 m en 112 courses contre 368 en 109 pour les Anglais, les données sont très proches. Mais ce sont bien les partenaires de Tindall qui se sont créés 5 occasions d’essais quand les Tricolores n’en eurent qu’une. Et si l’on doit à Easter (qui aurait mérité un carton, 18e) l’avortement d’une action qui pouvait aller derrière la ligne, on doit à l’absence de sens du jeu d’Ashton, à la loupe de George Clancy et à l’empressement de Tindall de n’avoir pas pris plus d’un essai samedi. Rappelons en passant que les Français n’ont plus marqué de points au-delà de la 22e minute.
On leur concédera en revanche une grosse prestation défensive, l’idée ingénieuse de couper les extérieurs très tôt autour de la charnière anglaise pour perturber avec efficacité le trafic dans cette zone. Il n’y eut finalement que deux coups réussis par les Anglais dans cette zone-là – deux coups qui faillirent aller au bout (Ashton 44e, 71e). Les Bleus ont réussi 93% des plaquages qu’ils ont tentés pour un total de 113 (116 pour les Anglais, 95%). Le meilleur plaqueur de la rencontre est Thierry Dusautoir : 16 plaquages réussis, 1 manqué ; le deuxième est Lionel Nallet : 13 (100%). Derrière, Clerc en a effectués 8 (100%).
J’ajoute que pour une fois les Français ont joué privés (à tort ?) de leur domination en mêlée par un arbitrage sévère (2 pénalités et 3 coups francs contre). Cela les a-t-il perturbés plus que ça ?
A lire aussi : L’analyse des 42,5% de temps de jeu effectif et du contenu du match par Fred Claro
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Les statistiques de mètres gagnés, de ballons portés et de plaquages sont données par :
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Commentaires ( 7 )
pashap a laissé un commentaire le 28 fév 2011 à 17:54 - -et aussi une meilleure animation autour de Jauzion dont ses paretenaires en équipe de France semble ignorer qu’il donne le ballon au près après contact
Takapuna a laissé un commentaire le 01 mar 2011 à 13:15 - -Je lis cet article avec intérêt, même si les stats énoncées n’en ont pas beaucoup elles … C’est vrai que ce sont des indicateurs qui te permettent de voir si tu es “dans les clous” comme le dit si souvent ML. Alors p-e qu’à force de stats mal comprises, l’EDF va rester dans les clous tout en perdant ses matches.
Un exemple de stats mal avisé: Clerc aurait “gagné” 59m ballon en main et Huget 34m. En fait, ils n’ont rien gagné du tout, ils ont parcouru respectivement 59m et 34m ballon en main. Or, le trio arrière a toujours des chiffres plus élevés dans ce domaine, car les stas tiennent compte des ballons de récup en R3 sur CP long. Le 11, 14 et 15 (et une moindre mesure le 8 parfois) ont donc tout loisir de parcourir de longues distances ballon en main, loin de tout adversaire. Au final, cette stat là ne signifie ABSOLUMENT rien … autant indiquer au moins le % de ballon porté au-delà de la ligne d’avantage ou le nombre de mètres parcourus au-delà de la ligne d’avantage (ou la ligne de front/placage).
Je suis d’accord pour décortiquer le jeu à l’appui de chiffres, je le fais aussi, mais il faut bien choisir les stats qui comptent. Lors de ANG-FRA, les ANG ont franchi 7 fois le rideau défensif FRA (contre 3 pour les FRA). Les ANG ont concédé 16 turnovers, contre 21 pour les FRA. Et en conquête aussi, les FRA ont été battus: 66 % de mêlées gagnées sur propre introduction (!!!), soit 3 mêlées perdues ou pénalisées sur 9 mêlées accordées. Les ANG par contre ont gagné 8 de leurs 9 mêlées. Idem en touche, 80% de touche gagné pour les FRA (c’est moyennement bon), contre 92 % pour les ANG. Enfin, 11 pénalités contre les FRA, 8 contre les ANG.
Voilà des stats qui parlent …
Ludovic Ninet a laissé un commentaire le 01 mar 2011 à 13:32 - -Opta calcule les mètres gagnés à partir de la ligne d’avantage (ou de la ligne qui symbolisait la ligne d’avantage en début d’action).
Je vous remercie pour votre commentaire tout à fait constructif et vos infos sur la conquête et les franchissements. Une remarque néanmoins, sur la mêlée. L’interprétation de l’arbitre a tellement son rôle dans les sanctions qu’il est parfois difficile, sur un match, de tirer des enseignements. En revanche, il est intéressant, et en cela vos chiffres parlent, de voir que les Français ont ainsi eu moins de ballons d’attaque.
Il me semble par ailleurs que le nombre de fois où un joueur porte le ballon est une donnée qui a son intérêt (voir sur qui le jeu repose). Ou opposer les mètres gagnés par les deux équipes et le nombre d’initiatives qu’il a fallu pour y parvenir permet de se rendre compte si, au total, une équipe a plus réussi à déplacer le jeu à la main.
Takapuna a laissé un commentaire le 01 mar 2011 à 13:45 - -D’accord avec toi, sur l’intérêt des stats bien sûr. Sans les logiciels d’analyse du jeu, on ne pourrait d’ailleurs plus faire tous ces comptes soi-même. Nous n’utilisons pas “Opta”, mais c’est sans doute similaire à ce que nous avons. Attention quand même à bien avoir conscience des paramétrages: pour le nombre de mètres gagnés, le logiciel calcule la distance parcourue depuis la prise de balle par le joueur, ce qui dans le cas d’une récup en R3 est totalement différent d’une prise de balle à hauteur, à 1m de la défense. Donc ce chiffre là est trop “brut”, il faut encore le décortiquer.
Pour le reste, tout à fait d’accord avec toi![]()
Ezeykiel a laissé un commentaire le 02 mar 2011 à 14:08 - -Le chiffre de mètres parcourus par le troisième rideau doit être mis en correlation avec le nombre de franchissement/placages cassées. Sinon il est très facile surtout au niveau international de remontée des très longs jeu au pieds et gagné statistiquement 15/20 à chaque prise de balle.
Takapuna a laissé un commentaire le 03 mar 2011 à 12:38 - -Tout à fait d’accord avec Ezekiel, c’est ce que je disais aussi … Les stats, il suffit pas de les lire, faut aussi les interpréter avec vigilance. Mais après analyse du match, j’obtiens ces chiffres là par joueur (au hasard):
Servat
9 ballons portés (dont 8 au-delà de la ligne d’avantage, 1 franchissement de la DEF)Dusautoir
9 ballons portés (dont 8 au-delà de la ligne d’avantage, 0 franchissement de la DEF)Hari
5 ballons portés (dont 5 au-delà de la ligne d’avantage, 0 franchissement de la DEF)Chabal
6 ballons portés (dont 0 au-delà de la ligne d’avantage, 0 franchissement de la DEF)Rougerie
5 ballons portés (dont 5 au-delà de la ligne d’avantage, 0 franchissement de la DEF)Huget
7 ballons portés (dont 6 au-delà de la ligne d’avantage, 0 franchissement de la DEF)maintenant, tout est dans l’interprétation des chiffres …
Takapuna a laissé un commentaire le 03 mar 2011 à 12:42 - -Une stat très parlante, qui vous n’utilisez apparemment pas (?), et qui est pourtant un très bon indicateur de la capacité/rapidité à transformer le jeu, c’est le nombre de fois où les joueurs sont présents dans les rucks (généralement, on prend les 2-3 premiers arrivés). Sur cette stat là, les différences sont absolument énormes entre les Six nations (FRA en particulier) et l’HS, ceci expliquant peut-être celà, en partie en tout cas. J’essaierai de vous donner qq exemples.












